lundi 15 août 2011

Un patron qui plébiscite les 35 heures !

Les 35 heures sont parfois accusées de bien des maux. 
Elles seraient un boulet que nous trainons depuis 10 ans. Allez comprendre alors pourquoi ses détracteurs au pouvoir ne les ont toujours pas supprimées. Allez comprendre aussi pourquoi l’Allemagne est le pays le plus compétitif d’Europe en travaillant deux heures de moins que nous par semaine…
Voici le témoignage et l’expérience de Dominique Artaud, résidant aujourd’hui à Hauterives en Drôme des collines. 

Au cours de sa carrière, il a dirigé les plus grandes entreprises, comme de plus petites, avec à chaque fois de nombreux licenciements évités dans des sociétés qu’il a pourtant trouvées en grande difficulté. D’aucuns s’accordaient à dire qu’il n’y avait pas de solution. Lui en avait une, elle s’appelait « le bons sens »…
Dernier sauvetage en date : celui de l’entreprise CERALEP basée à St Vallier, vendue à un fond de pension puis mise en liquidation. Dominique Artaud accompagne les salariés qui rachètent l’entreprise fabricante d’isolateurs électriques. La SCOP renoue depuis avec les bénéfices reversés en partie à ses salariés.

(Voir ici le reportage consacré par France 2 dans l’émission « complément d’enquête »)



Je vous propose aussi de lire l’article que lui avait accordé le journal « Libération » dès 1999 ainsi que son témoignage plus récent (juin 2011) qui vous démontreront que l’on peut lutter efficacement contre le chômage, même avec les 35 heures. Quitte à bouleverser quelques idées reçues…

                              

« Libération » mai 1999

« Cette loi permet une discussion de fond sur l'organisation du travail». 
Le PDG de Strafor plébiscite les 35 heures.

C'est une question de conviction: «La loi Aubry est la première grande loi depuis vingt ans qui pose vraiment le problème du chômage et essaye de le résoudre.» Mais les affaires sont les affaires: «Je suis un patron favorable à l'aménagement du temps de travail, je ne suis pas un patron laxiste, et je ne fais pas du caritatif.» Dominique Artaud, 47 ans, PDG de Steelcase Strafor, entreprise de fabrication de mobilier de bureau (2 200 salariés en France, 4 500 en Europe), a l'enthousiasme indexé sur la productivité et les profits. Il n'empêche: il a engagé plusieurs des six sites français de son entreprise sur la voie des 35 heures, au nom de ses intérêts bien compris: pour les salariés, moins d'heures hebdomadaires; pour l'entreprise, plus de flexibilité. Deux accords ont déjà été signés; un troisième est en cours de négociation. Les actionnaires de l'entreprise, dont les capitaux sont 100% américains, n'y trouvent rien à redire: «On les a prévenus, mais cela ne fait l'objet d'aucune discussion particulière», explique Dominique Artaud. «Ce qu'ils veulent, c'est de la productivité. Pour le reste, ils le savent bien, quand ils investissent en Europe, qu'il y a cinq semaines de congés payés, des cotisations retraites ou les 35 heures.» Génèse. Tout a commencé en 1993. Le chômage explose, Steelcase Strafor encaisse le coup: quand les entreprises licencient, elles ont rarement besoin de matériel de bureau. Dominique Artaud dirige alors la division «sièges» dont l'unité la plus importante, sise à Sarrebourg (Moselle), compte 370 personnes: 40 de trop, tranche la direction. Qui se promet néanmoins de faire du site une sorte de «laboratoire social» et d'éviter les licenciements. Tout y passe: rapatriement des activités sous-traitées (ménage, gardiennage, jardinage), suppression de l'intérim et des heures supplémentaires, aménagement du temps de travail. Le temps partiel (et payé comme tel) est encouragé sous toutes ses formes: au jour, à la semaine, au mois, à l'année. Il est proposé aux salariés qui le souhaitent de prendre leurs mercredis et les vacances scolaires. Et pour bien montrer que tout le monde est dans le même bateau, en période de pointe, les cadres sont priés de passer à la production et de devenir salariés «de base». Enfin, presque: Dominique Artaud a remarqué que le chef d'équipe n'osait trop rien lui dire quand, son tour de «production» venu, il rendait un travail souffrant quelques imperfections" «Gagnant, gagnant». C'est un peu boy scout, mais ça marche. Tous les syndicats (CGT, CFDT, FO et CGC) signent. «Nous sommes passés d'un syndicalisme du "toujours plus à un syndicalisme du "gagnant gagnant où tout le monde s'y retrouve», se félicite Dominique Artaud. Les licenciements sont évités, les objectifs de profit atteints. Les années suivantes, d'autres accords sont signés: flexibilité, compte épargne-temps, etc. Dominique Artaud, entre-temps devenu PDG de l'entreprise, est définitivement converti aux vertus du dialogue social.
C'est dans ce contexte qu'arrive la première loi Aubry. Sans doute fort de son expérience antérieure, le site de Sarrebourg est le premier à conclure un accord, en novembre dernier, que seule la CGT a refusé de signer. Car les 35 heures pour tous (sauf les cadres) ont des contreparties: gel des salaires pendant deux ans, grosse amplitude virtuelle de la durée hebdomadaire du travail (de 14 à 44 heures), travail possible au maximum 8 samedis par an. Steelcase Strafor ne peut être suspecté de convoiter des fonds publics car les accords signés sont hors des clous de la loi Aubry (nombre d'embauches trop modeste, diminution de la durée hebdomadaire du travail ­ auparavant de 37 à 38h30 selon les sites ­ en dessous des 10% requis pour prétendre aux subsides d'Etat). En revanche, Artaud a parfaitement compris le mode d'emploi des 35 heures, version patronale: «Cette loi nous a amenés à discuter sur le fond de l'organisation et de l'aménagement du travail.» Il entend les réticences et les difficultés des détracteurs de la loi Aubry. Mais croit distinguer dans les positions du Medef d'aujourd'hui une attitude plus constructive que l'opposition virulente du CNPF d'hier: «Je me sens plus à l'aise dans une organisation patronale qui propose.»
Pour l'heure, l'aventure de Steelcase Strafor s'arrêtera là. Il n'est pas sûr que de nouveaux accords soient signés au sein de l'entreprise d'ici la fin de l'année: «On va attendre et voir la deuxième loi.» Le PDG ajoute: «Et puis, si on nous propose quelque chose de mieux pour l'emploi, on peut passer à autre chose.» Les 35 heures chez Dominique Artaud, c'est une adhésion pragmatique, pas une conversion idéologique. 
                               


LE CHÔMAGE N'EST PAS UNE FATALITE !
Par Dominique Artaud - Juin 2011

« Nous sommes passés en 30 ans de 300 000 chômeurs à plus de 3 000 000, d'un chômage conjoncturel à un chômage structurel. C'est insupportable (humainement et financièrement) et inacceptable (moralement et politiquement).

Une des façons la plus efficace pour inverser la tendance est de se battre contre les licenciements économiques. Comme je l'ai fait avec succès pendant des années de direction d'entreprises (DRH Olivetti Europe, DG Coca-Cola France, PDG Strafor Europe, PDG Brink's France et administrateur de SCOP), il est possible avec de vraies convictions et une mobilisation de tous les acteurs internes (dirigeant, comité de direction, syndicats, salariés) de trouver, en temps de crise, dans les entreprises de plus de 50 personnes, des poches d'économies incontournables pour le maintien de la profitabilité sans toucher aux effectifs.

Sans revenir à l'autorisation administrative et sans avoir à légiférer, nous pourrions établir une Charte avec tous les partenaires sociaux stipulant la mise en oeuvre d'un certain nombre d'actions préalables à tout licenciement économique. Les mesures de bon sens que je préconise et que j'ai expérimentées ont systématiquement réussies. Elles ont évidemment un caractère temporaire:

- arrêter les recrutements extérieurs (favoriser les reclassements, les reconversions, les transferts internes, la polyvalence).
- arrêter l'interim.
- arrêter les heures supplémentaires.
- arrêter les augmentations de salaire.
- plafonner les rémunérations individuelles
 et bien-sûr éliminer les dépenses somptuaires, le superflu et autres gaspillages.

Dans tous les cas : obtenir des indemnités de rupture plus élevées n'est pas une victoire à moyen terme ; un profit supérieur à 5 % du chiffre d'affaire n'a d'intérêt que s'il n'est pas réalisé au détriment de l'emploi et les licenciements "boursiers" sont totalement inadmissibles.
»

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